Le matériel, est-ce important ? Non ! enfin... oui et non. En fait, le matériel n'est pas si important qu'on veut bien le croire. (ou nous le faire croire...). J'ai souvent vu des amateurs dix fois mieux équipés que certains professionnels, sortir des clichés à peine convenables... Alors n'allez surtout pas croire que parce que vous avez acquis le dernier Nikon DX4000 à 15 images/secondes, vous allez réaliser dès demain la couverture de Times Magazine... Ce serait évidement trop simple... Il faut être relativement prudent quant à ses choix et bien étudier ses besoins, ses envies en matière de reportage et de photographie... Comme nous l'avons vu, les facettes du métier sont nombreuses, et à chacune d'entre elle correspond un équipement précis. Un photographe de sport n'est pas équipé de la même façon qu'un reporter photographe... On peut très bien commencer en photographie avec un équipement de base et produire des images qui parlent d'elles-même... D'après vous, ils avaient quoi comme matériel les premiers reporters photographes ? ou, plus proche de nous, ceux qui couvrirent la guerre du Vietnam ? Quel premier choix pour du matériel photo, quel budget ? et surtout LA question qui tue : Canon ou Nikon ? C'est vrai : au niveau matériel professionnel, 2 grandes marques s'affrontent depuis des décénies : Canon d'un côté, Nikon de l'autre. Il n'y a pas d'énormes différences entre ces deux marques qui sont tout simplement excellentes. Pendant longtemps, Nikon est restée la marque des grands reporters et des photographes de guerre, tandis que Canon était plutôt rencontrée sur les terrains de sport... Aujourd'hui les choix sont moins tranchés ; on choisi un boitier en fonction de sa prise en main, de sa gamme d'optiques, voir de sa philosophie... Pour ma part, j'ai opté pour Nikon, car en plus d'une solidité à toute épreuve, (je sais de quoi je parle...), Nikon est la seule marque qui permet encore l'utilisation sur ses derniers boitiers, d'objectifs sortis sur le marché il y a plus de 30 ans ! Néanmoins, il y a peu de temps, suite au vol d'une partie de mon matériel photo, j'ai failli passer de Nikon à Canon... Avec mes Nikon, j'apparaissais en effet comme l'un des "derniers dinosaures", la plupart des photographes de presse que je connais étant "Canonistes"... Alors j'ai décidé de faire des tests assez pointus, et finalement, aux résultats de ces derniers, je suis non seulement resté chez Nikon mais me suis acheté un second D2X en version D2Xs. Aujourd'hui après une petite enquête auprès de certains revendeurs, il est clair que ces deux marques ont chacune des avantages et des inconvénients... Aujourd'hui, le plus gros avantage chez Canon, c'est un capteur qui permet de travailler en basse lumière (et donc de conserver des vitesse rapides, élément primordial en photographie de sport, quand, vous vous retrouvez par exemple sur un terrain de foot éclairé par en lumière artificielle ou, pire, dans une salle de sport...) ce qui veut dire que l'on peut aisément travailler avec une sensibilité de 1200 ou 1600 iso et obtenir des résultats tout à fait convenables... Chez Nikon, tout du moins jusqu'aux modèles D100, D200, D2X, D2Xs (modèles que je connais bien), passé 600 iso, vous n'avez plus de grain photo, mais des "pommes de terre"... (enfin, il faut parler désormais de bruit dans les images, le grain étant une carractéristique des films argentiques). Par compte Nikon reste leader dans la gestion des hautes lumières, ce qui veut dire qu'en cas de surexposition notoire, Nikon s'en sortira mieux que Canon dont le capteur a tenance à "cramer" ces hautes lumières.... Maintenant à vous de faire votre choix... Vous êtes plutôt du soir ou du jour ? Plutôt portrait ou plutôt Sport ? Rajoutons qu'une image Canon sera plus flateuse au sortir du boitier mais aura une latitude de post-production moindre (moins de souplesse) et que de son côté, Nikon vous sortira une image plus "neutre", mais avec une plus grande latitude de post-production (retouches photos) et un système flash nettement plus compétitif... Attention ces informations sont d'un avis purement personnel et surtout, peuvent radicalement changer avec la sortie d'un nouveau boitier chez l'un ou l'autre des constructeurs... Pour preuve ; la sortie du dernier Nikon D3 qui pourra justement compenser cette lacune chez Nikon et sortir des fichiers très très propre à 3200 iso en full frame... (capteur plein format)... une petite révolution dans le monde la photo de presse et enfin lapossibilité pour les nikonistes de toucher au sport... (prix annoncé de la merveille : un peu plus de 4200 euros TTC) Si vous souhaitez voir le rendu d'un reportage réalisé avec le Nikon D2X, vous pouvez vous rendre dans ma galerie photo "Portraits de Calcutta" c'est ici. Argentique ou numérique ? Si la question a pu se poser au départ, aujourd’hui la question ne se pose plus en ce qui concerne la photo de reportage où le numérique est devenu incontournable. D’ailleurs, les atouts sont nombreux : économie en films et traitements laboratoire, facilité de stockage, et surtout, transmission casi-immédiate, point essentiel dans la course à l’information. Néanmoins, les inconvénients pour un photographe indépendant sont à la hauteur des avantages : coût du matériel multiplié par 3 ou 4 en l’espace de quelques années, nécessité de changer son boitier 3 fois plus vite qu’en argentique, et nécessité de s’équiper paralèllement d’un matériel informatique haut de game accompagné de toute sa batterie logiciels ... Pour exemple, si je regarde les investissements réalisés sur les cinq dernières années, j’obtiens : Achat Boitiers reflex numériques : environ 16 000 euros, (5 boitiers dont 1 Nikon D100, 1 FujiS3Pro, 1 Nikon D2X, 1 Nikon D2xs et 1 Nikon D3) Achat flashs + optiques numériques : environ 6 000 euros, Achat ordinateurs portables (2 powerbook Apple, 1 MacBook Pro, dont 1 d’occasion) : 7 000 euros, Achats unités centrales (PowerMac G4 + PowerMac BiPro G5 + MacPro Intel Core Duo 2, iMac G5 20" + iMac Alu Intel Core Duo 2 24" + écrans calibrés + licences logiciels : environ 15 000 euros... Au final, plus de 44 000 euros dépensés en 5 ans, juste pour avoir la possibilité de faire très correctement mon travail et faire toujours progresser la qualité rendue.... (ça c'est une philosophie...) Avouez qu’il y a mieux au niveau rentabilité, qu’il faut “avoir les reins solides” et “être sûr de son coup”... Un journaliste avec un stylo, un calepin et un petit ordinateur portable semble s’en tirer mieux... non ? Une règle d'or pour ceux qui peuvent : acheter toujours le dernier matériel quand il vient de sortir dans sa configuration la plus élevée et revendre aussitôt le matériel remplacé ; et là, une seconde règle : svp oubliez les PC et passez chez Apple. La question ne doit même plus se poser. (la décôte d'un pc est deux à trois fois supérieur à celle d'un mac... pour une facilité d'utilisation dix fois inférieure ! Et à tous ceux qui qui me réponde que c'est trop cher, je réplique avec force que c'est totalement faux ! Faites une étude et vous serez surpris. Bon, pour ceux qui voudraient à tout prix s’équiper, voici ce qui pourrait s’avérer un choix judicieux (-et pas trop honéreux) pour débuter dans le métier : En argentique : - Un boitier (appareil) reflex semi-automatique mais surtout débrayable en manuel, (mon choix en occasion : Nikon FE2, F801, F801S, F90, F90X, F100, F4, etc... la gamme est large...) En numérique : - Vu le prix encore élevé des boitiers réflex Pro, tournez vous vers une très bonne ocasion sur un boitier type Nikon D100, D200, Fuji S3Pro, (je parle de ces 2 marques parce que je les connais pour les utiliser ou les avoir utilisé) - une optique grand angle type 24 mn ou 28mn, à ouverture fixe f : 2,8 (attention en numérique, le rapport étant de x 1,5 par rapport au capteur 24 x 36, un 24 mn classique devient un 36 mn... D’où la nécessité de passer au 17 mn si l’on veut garder un grand angle d’environ 24 mn... et évidemment, les prix ne sont pas les mêmes... (mon conseil : le 17-35 mn de chez Sygma, qui permet d’obtenir d’excellentes images, bien que sa fabrication soit beaucoup plus légère que celle d’un Nikon) - un télé (focale fixe) ou un zoom (différente focales) à ouverture fixe (si votre budget vous le permet) f : 2,8 (mon choix : l'excellent zoom Nikon 80-200 f / 2,8) - un flash, si vous ne voulez pas vous cantonner à ne travailler qu’en extérieur de jour, avec un nombre guide suffisant (Nikon SB 25, 26, 80DX, etc...) - un sac photo pratique, petit, transportable, qui saura se faire oublier... Là aussi 2 écoles ; le sac que l'on porte en bandouillère qui permet un accès très rapide à son matériel mais qui n'est guère pratique pour courrir, voir destabilisant, et le sac à dos, permettant moins d'accessibilité immédiate au matériel mais vous libérant réellement les 2 mains, plus pratique pour la marche et surtout pour courrir... (mon choix : le fabuleux Micro-trecker de chez Lowepro. -sac à dos- et le non moins fabuleux Compu-trekker de chez Lowepro toujours, qui est réellement un gage de solidité, fiabilité et d'une fonctionnalité remarquable ). - Enfin, un pied photo (tripod), que vous choisirez stable, mais ni trop lourd, ni trop encombrant. - Pour ceux qui opteront de travailler en numérique, un petit ordinateur portable, de type Apple iBook, ou mieux, Apple Powerbook G4 ou G5 (permet surtout le déchargement des cartes CF avec un adaptateur de type PCMCIA) Voilà un équipement de base qui vous permettra de vous adapter à la plupart des situations rencontrées ; budget : environ 4 000 € (euros) TTC.(pour du matériel Nikon et Apple). Si toutefois ce budget vous paraissait trop important, alors changez de marque, mais n'oubliez pas que le plus important n'est pas le boitier, mais la qualité des objectifs. (ce sont en effet eux qui se trouvent entre votre sujet et votre film ou votre capteur numérique. Leur pureté, leur luminosité, leur piqué, font les différences de prix...) Par la suite vous pourrez rajouter au fur et à mesure de vos besoins des filtres polarisants, des objectifs supplémentaires, un second boitier reflex, etc, etc... Mais n'oubliez pas qu'en reportage, votre premier ennemi s'appelle le poids... Et ensuite, comment commence t'-on ? Trouvez d'abord un sujet qui vous passionne, qui vous attire. Inutile de partir à l'autre bout du monde... Au contraire, essayez de trouver un sujet pas trop loin de chez vous... Abordez-le et traitez-le sous tous ses aspects. Faites des dizaines de prises de vues. Ne sélectionnez que les meilleures, celles dont vous êtes le plus fier. Soignez la présentation de vos images et montez-les comme un petit reportage qui raconterait une histoire... Une fois ce premier book en main, faites tester vos images à vos proches en leur demandant surtout de ne pas être indulgents avec vous... observez bien leur regard quand vous leurs présentez votre travail... Sur quelles images s'arrêtent-ils le plus ? pourquoi ? quelles sont les vues sur lesquelles ils passent rapidement ? pourquoi ?... Refaites alors une sélection... Petit à petit votre oeil s'affinera. Vous deviendrez de plus en plus exigeant avec vous même et vous verrez votre technique progresser... Renouvellez cette expérience 5 ou 6 fois... puis passez à la création d'un book professionnel définitif. C'est lui que vous montrerez aux professionnels que vous rencontrerez... Ne visez pas tout de suite trop haut. Inutile de vous précipiter à Paris Match ou à Géo (sauf si vous avez un sujet exclusif...) Commencez par le journal du coin, la Mairie, le quotidien ou un magazine d’amateurs photo... montrez aussi vos photos sur internet... Combien gagne en moyenne un Reporter Photographe ? Là encore il n'y a pas de règles... Certains se voient obligés de se contenter du smic, d'autres peuvent gagner 20 000 € (euros) sur un coup, une exclusivité, un scoop... La moyenne se situerait plutôt aux alentours de 3 000 € (euros), pour un reporter avec une dizaine d'années d'expérience, ce qui est peu au regard des risques, des compétences et du matériel que le photographe doit souvent acquérir par ses propres moyens... Mais il y a pire : il y a peu de temps, une certaine grande agence (dont on ne citera pas le nom) n’a pas hésité à envoyer en Irak de tout jeunes pigistes qu’elle a lamentablement payé 1500 €/mois afin qu’ils envoient chaque jour des centaines d’images... C’est ce que j’appelle “envoyer des mecs au casse-pipe”, tout simplement...Et dans de telles conditions, autant s’engager dans l’armée. Vraiment. Que répondre à ceux qui me déconseillent de faire ce métier ? Qu'ils ont sans doute raison, mais que vous voulez quand même essayer, voir par vous même parce que vous savez que c'est quelque que chose que vous avez en vous... et puis de toutes façons, "Il faut mieux vivre avec les remords qu'avec des regrets..." non ? Alors allez-y, foncez, testez-vous, quitte à vous planter... Au moins vous pourrez dire que vous avez essayé. C’est le plus important. Comment se porte le marché de la photo de presse aujourd'hui ? Le bilan est bien triste et bien pessimiste... Il serait utopique de se voiler la face. L'émergence du numérique et la révolution qu'elle a entrainée, le rachat de grands groupes de presse par des financiers et non plus des "patrons de presse", la course à la rentabilité que ces rachats entraînent, la surrenchère par rapport aux images, la prépondérence de la télé dans le news, la disparition de grandes agences de presse françaises ainsi que de nombreux titres, la fuite d'une partie importante du patrimoine photographique français vers les USA, le gain d’un profit rapide, la malhonnêté de certains groupes, ont radicalement changé la donne... De moins en moins de magazines peuvent aujourd’hui se payer le luxe de salarier un staff de photographes comme c’était encore le cas il y a quelques années. En réalité, elles ne le souhaitent plus pour des raisons de charges salariales et préfèrent désormais faire travailler des pigistes, des auteurs, qu’elles rémunèrent de manière assez aléatoire et bien souvent au détriment même des droits essentiels de ces photographes (photos non signées, recadrées, détournées de leur fonction initiale, repasses non payées, etc, etc...). Une agence prend quant à elle aujourdui 60% sur le prix de vente d’une photo... Et là aussi il y a pire avec l’émergence et la toute puissance de certaines agences style MAXPPP, CORBIS ou GETTY IMAGES... avec ces dernières, l’on se dirige tout droit vers la mort du vrai photojournalisme... Le principe est extrêmement simple et rapporte surtout très très gros -mais toujours aux mêmes- : un seul et unique photographe couvre un évènement. Il tramsmets rapidement ses images qu’il voit ensuite paraître dans une trentaine de titres. (ce qui, vous l’aurez compris enlève déjà le boulot des 29 autres), mais contrairement à ce que vous pourriez pensez -à juste titre-, le photographe “élu” ne touche pas le prix des 29 parutions supplémentaires... Non, il touche le prix d’une seule parution qui, dans le meilleur des cas, peut se trouver légèrement majorée... pendant que les 29 autres photographes peuvent aller, de leur côté, pointer à l’ANPE... Ainsi, en discutant avec un ami qui travaille pour la PQR (Presse Quotidienne Régionale) à Lyon, une photo qui se vend 50 euros ne lui rapporte effectivement que 70 centimes d’euros... Quand on veut tuer une profession, on agit pas autrement... Alors vous, qui voulez vous lancer dans le monde impitoyable du photojournalisme, réfléchissez bien à deux fois... Seuls les tous meilleurs pourront survivre... A bon entendeur... A suivre... Retour sommaire conseils Page Précédante Page 1 conseils |