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Combien de temps met-on pour devenir Reporter Photographe ?


Tout dépend de vous, de votre carractère, de votre talent ou plutôt de votre capacité à voir les choses et à les retranscrire... La encore, il n'y a aucune règle définie. Cela peut varier de 5 à 15 ans !... mais un sérieux apprentissage sur le terrain reste de toute façon nécessaire... Le reportage ne s'apprend ni à l'école, ni uniquement dans les livres. Il faudra être patient. Vous remettre constamment en question. Faire preuve de courage, parfois d'audace... Réaliser des centaines de clichés avant de pouvoir en présenter un... travailler, travailler, travailler... se mettre au courrant des dernières technologies, des derniers matériels, des derniers courrants... Lire beaucoup, pratiquer, et encore vous remettre ne question. Bref, j’aurais tendance à dire que si au bout de cinq ans, à partir du moment où vous avez pris votre décision, vous n’êtes toujours pas capable de tirer 2 ou 3 sous de vos photos, ou si vous n’êtes pas arrivé à décrocher 2 ou 3 parutions, il est encore temps de changer d’orientation. Mettez la photo de côté pour un temps, et reprennez-là, le jour où vous sentirez qu’il ne peut pas en être autrement...
 


Quels sont les risques de ce métier ?


Mis à part le fait que vous risquez simplement un jour de ne pas en revenir, ou d'en revenir sur un fauteuil roulant à moitié barjot et complètement dépressif, mis à part le fait que vous risquez de galérer durant de nombreuses années, de ne pas avoir de vie de famille, de perdre tous vos amis et de vous retrouver un jour seul, pauvre et oublié de tous, je n'en vois pas... une vraie vie d'artiste quoi ! Évidemment, j’exagère quelque peu. Mais bon ; pour un reporter photographe, les risques du métier sont connus, et j’atouterai même qu’ils sont de plus en plus importants. Les dernières guerres l’ont bien montré : le journaliste qui déjà se devait d’être en première ligne, est malheureusement en plus, devenu une cible privilégiée pour les béligérants... (il n’y a qu’a regarder ce qui ce passe actuellement en Irak... à défaut d’être enlevé -pour des raisons généralement crapuleuses-, le journaliste reporter d’image est aussi de plus en plus victime de “bavures” souvent déguisées, maquillées en accident, quand il ne disparait pas, tout simplement....(Fred Neyrac, par exemple... qu’avait-il filmé ?) Quand on connait le poids que peut avoir une image sur l’opinion publique, on comprend mieux la volonté que peuvent avoir certaines autorités à faire disparaitre des preuves, “à tout prix”... Là, où le journaliste était encore un être considéré il y a quelques années, il est devenu, grace notamment à sa rapidité de transmission qui peut faire basculer une guerre d’un moment à l’autre, l’homme à abattre... C’est une affirmation sans doute difficile à admettre, mais malheureusement de plus en plus vraie. (ce phénomène n’est pas récent ; c’est l’un des thèmes majeurs de l’excellent film Under Fire de Roger Spottiswood avec Nick Nolte, Joanna Cassidy, Gene Hackmann et Jean-Louis Trintignant. Voir la fiche du film ici.)
Enfin, l’on ne parle pas suffisemment des autres risques du métier qui sont : les risques psychologiques, et les risques de chomage liés à la profession.


- les risques psychologiques d’abord :
1. sur le terrain : on a beau “se blinder”, on en reste pas moins des êtres humains, ceci est une évidence. Les plus grands vous le diront ; dans certaines situations très difficiles, ils ont ressentit le besoin de s’éloigner, de prendre du recul, de tout poser, pour mieux pleurer ou pour vomir... Même si le boitier photo peut servir d’écran, les images insoutenables auquelles on est parfois confronté, notre impuissance face à telle ou telle situation, tout cela laissent une trace, parfois indélébile, petite déchirure intérieure qui mettra souvent des mois, voire des années à se cicatriser... Pour ma part, je suis parti alors que j’avais à peine 27 ans à Sarajevo, en Bosnie. C’était très jeune pour couvrir une guerre. Mais j’étais parti sous le couvert d’une association humanitaire, EquiLibre, et cela me permettait de ne pas être que le ”voyeur passif”, mais aussi acteur en aidant directement sur le terrain... Aujourd’hui, presque 11 ans après, je n’oublie toujours pas la vision d’un enfant que je venait de croiser, abattu quelques minutes plus tard par un sniper serbe... Cet enfant s’est vidé de son sang pendant plus d’une demi-heure sans que nous puissions faire le moindre geste car nous aurions été dans la ligne de tire de ce salaud... Quand enfin, un véhicule blindé a pu faire écran pour le secourir, il était trop tard... Très bizarrement, ou très humainement, je n’ai pris aucune photo de ce drame. J’ai pleuré, j’ai hurlé, de peur, de rage, d’impuissance, de désespoir... je me suis longtemps remis en cause car je n’avais pas été capable de réaliser le moindre cliché alors que telle était sensé être “ma mission”... et puis, au fil du temps, j’ai fini par mettre de côté ce faux débat ... mais le visage de cet enfant m’a poursuivi longtemps dans mes nuits, une fois retrouvé le “Monde civilisé”... J’en ai cauchemardé des nuits entières et parfois encore aujourd’hui, revient le petit sourire que j’avais croisé... Il en est de même pour mes lèpreux, abandonnés de tous, pour les enfants irakiens que j’ai vu mourir dans les hôpitaux, sous mes yeux, victimes d’un embargo aussi inutile que stupide, pour les disparus de Mullativu (petite ville du Sri-Lanka littéralement rasée après le passage du tsunami), pour cette odeur insoutenable de cadavre qui vous poursuit pendant des semaines, ou encore pour mes petits chiffonniers de Phnom Penh, livrés à eux mêmes, dans les conditions les plus abominables qu’il soit, sur la grande décharge de Phnom Penh... Tous ces gens, toutes ces rencontres, mais surtout tous ces drames continuent encore à vivre en moi, en réafleurant de temps à autre, en revenant me choquer, me blesser, à me torturer. Je ne crois pas que l’on puisse un jour s’habituer à la vision de la mort violente, de la mort injuste et encore moins à celle qui touche les enfants... Et pourtant, malheureusement, ce sont eux les premières victimes de notre Monde.
2. les risques psychologiques du retour. Quand on revient, après un mois de reportage dans des conditions extrêmes, la réadaptation peu parfois poser problème... On ne passe pas d’un terrain de guerre à la superficialité d’une boite de nuit... Un simple repas entre amis, peut même parfois poser problème... Pas évident de d’exprimer tout ce que l’on a pu ressentir sur un reportage difficile. Souvent le décalage est trop important. Vous baignez encore dans tout ce que vous avez pu vivre, alors que ceux qui vous entourent sont à mille lieux de tout ça. Pire, il ne s’interessent même pas à ce que vous avez pu voir, vivre, ressentir... on ne peut pas leurs en vouloir et pourtant... au milieu du repas, le fossé se creuse... vous êtes encore là bas et.... Tous, à notre retour, nous avons eû de grands moments d’absence, entrainés par nos pensées sur les lieux que nous venions de quitter, histoire de nous remémorer les gens que nous venions de rencontrer...
 


Le matériel, est-ce important ?

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Copyright (c) 2003 Photos : © Jean-luc Mège. Tous droits réservés.