Je mexprime en tant que représentant dune organisation non gouvernementale, apolitique par définition. Il ne mappartient donc pas de porter le moindre jugement sur la poursuite du bras de fer entre les Nations unies et le président Saddarn Hussein. Le citoyen que je suis dispose par ailleurs de moyens bien spécifiques pour se manifester.
Il me revient, par contre, de continuer à hurler mon dégoût, mon rejet, mon refus de complicité, à quelque titre que ce soit, face à la poursuite de lembargo touchant la population civile Irakienne, étrangère pour une large part à ce « wargame » planétaire et dont les conditions de vie, hier très enviables, ne cessent de se dégrader en deçà du seuil critique reconnu par les organismes internationaux spécialisés.
Jour après jour des vieillards des femmes, des enfants, meurent de notre fait, sans soins et dans des conditions de dénuement, dhumiliation et de souffrance extrêmes.
Jy étais encore il y a une semaine. Le spectacle est insupportable !
Quel père, quelle mère de nos pays supporterait de telles épreuves sans se sentir habité dun sentiment de haine grandissant. Du haut de notre détermination repue, cest bien de la haine que nous semons ! Certains silences denceintes coutumièrement ba-vardes à Genève, Paris, New York, Rome, sont dun insupportable
poids pour les hommes et les femmes de bonne volonté ! Car il est hors de doute que les conventions de Genève, qui, entre autres, interdisent formellement lusage de la famine collective comme moyen de pression, sont bafouées par les Etats mêmes qui les ont engendrées et qui les brandissent comme étendard, comme si cela pouvait masquer leurs propres turpides passées, présentes et, hélas, à venir !
Comble du comble, les Nations unies se sont mises totalement en infraction avec leur propre Charte.
Porter plainte devant la juridiction fondatrice, me direz-vous ? Nombreux sont les hommes et les femmes qui y seraient disposés en Irak. il se trouve que de tels recours ne peuvent être présentés quà travers le gouvernement irakien à qui lon a enlevé tout droit de représentation pour son peuple auprès de la commission des Nations unies pour la compensation des victimes de la guerre du Golfe. Jugez de lironie amère qui envahit la victime Irakienne tentée dentreprendre une telle démarche et il en existe ! Le peuple Irakien, qui est la première victime, na même pas le droit dêtre traité en tant que victime.
Vide juridique et moral épouvantable, mais si pratique pour les gouvernements coupables... Sinistre dérision des droits de lhomme qui me contraint, moi qui suis un homme libre de France, àporter plainte en leur nom. Car
leur seul espoir ne peut consister, face à une telle situation, à attendre les cinquante années de gestation nécessaires aux saintes et laïques repentances ! Personnellement, je me refuse à ladmettre !

Un million cinq cent mille victimes en sept ans, dont un million deux cent mille enfants de moins de dix-huit ans, en Irak, du fait seul de lembargo, qui a, comme dans toutes les situations similaires de détresse, honteusement et prodigieusement enrichi grâce à
la souffrance des victimes, les vautours habituels !
Les Nations unies se sont, en Irak, mises totalement en infraction avec leur propre Charte
Victimes civiles de surcroît ! Si cela nest pas un génocide, je suis preneur de la définition nouvelle manière du concept ! Elle manque à mon répertoire dhomme simple et libre et qui entend le rester !
En ce qui nous concerne, la voie est droite et toute tracée: nous continuerons à assumer, envers et contre tout, notre volonté de témoigner sans relâche, de dénoncer ces assassinats avec préméditation massifs et quotidiens depuis sept
ans, mais aussi à vouloIr une solidarité matérialisée par des actions tout particulièrement au profit des enfants irakiens sur place, en irak, et à partir de la France.
Un troisième convoi routier de semi-remorques est prévu dès le mois prochain. Nous ne véhiculerons que des produits vitaux et de première nécessité, que nous dis. tribuerons nous-mêmes, ainsi quun peu de notre afféction et de celle de nos donateurs ! Quelques sourires nous en disent long et paient nos efforts au centuple dans ce climat de tension et de rancoeur.
Laissons aux hommes politiques et de guerre leurs responsabilités peu enviables. Si le. coeur et la conscience vous en disent, faites-nous signe, rejoignez-nous, cosignez notre plainte auprès du Tribunal international de La Haye et de toutes les autres instances internationales qualifiées, pour non-respect des conventions de Genève, non-respect de la Charte des Nations unies, non-respect des droits de lhomme, pour que, dans un premier temps, cette plainte aboutisse en référé à la levée immédiate de lembargo économique qui touche la population civile Irakienne.
Ne laissons jamais fleurir la haine, même si nous lavons semée !
Alain Michel est président de lorganisation humanitaire EquiLibre.
